Émergence d'un groupe d'intérêts
Le cannabis est la substance psychotrope illégale la plus consommée au monde. La plupart des observateurs s'accorde à constater la massification et la sophistication de sa production, qui se trouverait aujourd'hui en passe de devenir une industrie à part entière.

En Australie, il est estimé par certains auteurs que le commerce du cannabis est d'une taille comparable à celui de l'industrie de l'or, deux fois celle de l'industrie du vin, et équivalente aux trois quarts de l'industrie nationale de la bière. Ce phénomène va de pair avec la constitution de groupes d'intérêt de plus en plus solides, qui revendiquent ouvertement une place au soleil aujourd'hui.
En Europe, le processus est le plus avancé aux Pays-Bas, où les circuits ont pu se développer et consolider à partir d'une politique de relative tolérance de la part des autorités, et en synergie avec un cluster agro-industriel parmi les plus sophistiqués au monde.
Aux E.U., des initiatives de lobbying sont très présentes, comme le Marijuana Policy Project [
], qui a financé un rapport sur les coûts de la prohibition (www.prohibitioncosts.org [
]). Selon la revue Forbes [
], des groupes aussi importants que Archer Daniels Midland, Constellation Brands ou Allied Domecq se trouveraient parmi les grands bénéficiaires si les lois changeaient. Nous sommes désormais aux antipodes de l'image d'Epinal contestataire, folklorique voire alternative associée au cannabis dans les années 60 et 70 du siècle dernier.
Les différents intéressés développent un important argumentaire sur les bénéfices que l'on devrait attendre de la "légalisation" ou la "régulation" du cannabis en tant que psychotrope, de pair avec les produits dérivés. Le cannabis y est typiquement présenté comme "le plus inoffensif des psychotropes". L'accent est mis sur les bénéfices économiques et sociaux qu'il pourrait apporter, par rapport au coût et à l'inefficacité de l'interdiction: place au marché, une approche pleinement endossée par feu l'économiste néolibéral Milton Friedman [
].
Au Canada, en Colombie-Britannique, un petit producteur gagnerait 900 USD par livre au minimum, avec des marges nettes entre 55 et 90%, sur une production allant entre une demi-livre et 30 livres cinq fois par an . Ce niveau de revenus est indéniablement attirant pour un secteur agricole en crise. On observe aussi en amont l'émergence rapide d'un agro-business des fournitures et engrais.
Source : Forbes [
]
Références
-
WODAK A and COONEY A, Should cannabis be taxed and regulated. Drug and alcohol review. 2004, 23, 139-141
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