Le cannabis thérapeutique

Connue depuis l’Antiquité pour ses vertus thérapeutiques, le cannabis est utilisé de manière médicale dans différents pays européens ainsi qu’aux Etats-Unis ou encore en Suisse où certains de ses dérivés peuvent être délivrés sur ordonnance. Antidouleur, antispasmodique, anti-nauséeux… Le cannabis trouverait sa place dans la prise en charge de plusieurs maladies dont certaines particulièrement graves comme le sida ou la sclérose en plaques. Si les indices d’un bénéfice réel s’accumulent, les études à grande échelle manquent encore pour statuer définitivement sur le potentiel thérapeutique du chanvre. Le mode d’administration de la drogue-médicament pose notamment problème.

Quand on parle de cannabis, on évoque souvent le joint, la drogue et l’interdiction... Pourtant, cette substance possède aussi des vertus médicinales pour certains patients, des propriétés de plus en plus reconnues de par le monde mais pas partout. Le point sur cette question : le cannabis, un médicament ?


Le cannabis, une médicine connue depuis longtemps

Ces vertus sont connues depuis l’Antiquité où le cannabis était utilisé de manière médicale du Moyen-Orient à la Chine en passant par l’Inde [1]. Dans cette partie du monde, le chanvre indien a été utilisé dès 1000 ans avant J.C. pour une gamme variée de fonctions: comme analgésique (contre les maux de tête, dentaires..), anticonvulsif (contre l’épilepsie, le tétanos), tranquillisant (contre l’anxiété, l’hystérie..), anti-inflammatoire (rhumatismes..), antispasmodique (colique, diarrhée), antibiotique, antiparasitaire, stimulateur de l’appétit…

Utilisé sous forme d’extrait ou de teinture, le cannabis pour usage thérapeutique  a fait son apparition en Europe au 19ème siècle, principalement en tant que sédatif, analgésique, antiémétique (contre les vomissements) et anticonvulsif. Mais ce n’est réellement qu’à la fin du 20ème siècle, après la période de prohibition, que ses qualités médicinales ont été étudiées de manière scientifique et rigoureuse. En 1992, l'intérêt pour cette substance a  rebondi avec la découverte par le Pr Raphael Mechoulam d'un analogue du cannabis fabriqué par l'organisme lui-même, l'anandamide. Selon ce professeur de l'Université de Jérusalem, "le système des endocannabinoïdes joue un rôle dans pratiquement tous les systèmes physiologiques qui ont été observés"[2]. De quoi orienter les recherches sur les utilisations thérapeutiques du chanvre.


Mode d’action des cannabinoïdes

Les endocannabinoïdes sont des substances produites naturellement par le corps humain, en très faibles quantités. Synthétisées à la demande, elles interagissent avec deux types de récepteurs : le récepteur cannabinoïde 1 (CB1) jouant un rôle essentiel sur l’activation des neurones de notre système nerveux central (cerveau et moelle épinière), et le récepteur cannabinoïde 2 (CB2) se trouvant pratiquement exclusivement sur les cellules de notre système immunitaire, dont la rate. CB1 et CB2 sont impliqués dans de nombreux processus physiologiques comme, par exemple, la maturation cérébrale [3] ou la masse osseuse [4].

A la manière des endocannabinoïdes,  le THC – ou delta-9-tétrahydrocannabinol, le composé actif principal du cannabis- possède une grande affinité pour ces deux types de récepteurs, ce qui explique son action psychotrope mais aussi son potentiel thérapeutique. Comme le THC, d’autres cannabinoïdes végétaux présents dans le cannabis peuvent prétendre avoir des vertus similaires. Parmi les 60 composés connus, le cannabinol (CBN) et le cannabidiol (CBD) sont les plus répandus et étudiés, le second -non psychoactif- intéresse particulièrement les chercheurs pour ses propriétés anti-inflammatoires remarquables associées à des actions neuroprotectrices et à un effet antiarthrititque chez la souris [5]. En Israël, pays où le taux de consommateurs de marijuana à usage médical est le plus élevé au monde, une association aurait d’ailleurs mis au point et ferait pousser une nouvelle variété de cannabis dont la teneur en CBD a été amplifiée tandis que celle du THC a été réduite [6].
Synthétiser des substances cannabinoïdes dépourvues d’effets psychotropes mais dont l’efficacité thérapeutique est prouvée, tel est un des défis de la recherche actuelle.


Les vertus connues des cannabinoïdes aujourd’hui éclairées

Plusieurs centaines d'études [7] ont permis de confirmer certaines propriétés des cannabinoïdes entrant dans la composition du cannabis médical :

  • Comme analgésique, en particulier en tant qu’adjuvant pour les douleurs chroniques résistantes [8], bien que dans certains cas, le cannabis ne serait pas plus efficace que de la codéine (un opiacé) et serait contre-indiqué pour les traitements postopératoires [9]
  • Comme agent antispasmodique, utiles en cas de sclérose en plaques [10]. Dans ce cas-là, une diminution de la douleur et des troubles du sommeil liés à cette pathologie sont généralement observés [11,12]. Une étude récente suggère que le cannabis pourrait encore  être utilisé comme antispasmodique en cas d’épilepsie partielle [13] ;
  • Comme substance anti-vomitive et contre les nausées, pour les patients sous chimiothérapie [14,15] ou atteint d'un sida [16] ;
  • Pour stimuler l'appétit, en cas de maigreur importante ou de cachexie  (dénutrition très importante) chez les personnes âgées en long séjour,  les patients atteint du sida [17] ;
  • Mais aussi pour améliorer le sommeil [18], dilater des vaisseaux pouvant améliorer le glaucome [19], etc.

Le cannabis, sous sa forme naturelle ou chimiquement modifiée, montrerait ainsi une efficacité significative pour certaines conditions pathologiques.


D'autres applications prometteuses...

Même si elles doivent être étayées par d’autres recherches, de nouvelles pistes [20] ont également vu le jour suite à la réalisation d'études scientifiques, suggérant par exemple,  une efficacité possible face à certaines maladies neuro-dégénératives [21],  comme la maladie d’Alzheimer ou face à la croissance de certaines tumeurs en provoquant la mort programmée des cellules cancéreuses [22]. Les cannabinoïdes et leurs agonistes synthétiques (molécules ayant des propriétés biochimiques similaires) sont encore envisagées pour lutter contre l’obésité, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et des tics pathologiques comme le syndrome de la Tourette. Des travaux ont montré encore que le THC permettait de réduire le phénomène d’athérosclérose, caractérisé par l’accumulation sur les parois des artères de dépôts de graisses [23].

Ces exemples ne représentent que quelques-unes des voies de recherche suivies par les scientifiques, qui continuent d'explorer  aujourd'hui les dysfonctionnements du système endocannabinoïde afin d'identifier d'autres rôles éventuellement positifs du cannabis externe (non produit par l'organisme) [24].

Si le cannabis médical a des bénéfices connus et reconnus, utilisé en complément des thérapeutiques classiques (pour gérer les effets secondaires) ou en alternative à d’autres traitements, son usage –et donc sa prescription- est délicat. En effet, l’action bénéfique du THC –ou des cannabinoïdes assimilés- pose le problème du dosage précis à évaluer pour éviter les effets secondaires immanquables (endormissement, vertiges, augmentation de la fréquence cardiaque, intoxication..). Sous quelle forme de fait administrer la drogue pour minimiser ces effets ? La forme fumable est celle qui est la plus utilisée dans les essais cliniques (effets plus constants et plus rapides que les décoctions ou le cannabis consommé par vaporisation) mais c'est aussi la plus toxique pour les bronches et les poumons.
Pas question d’encourager la fumette…

Ce frein, ainsi que le nombre peu élevées des populations cliniques à l’étude et l’aura diabolique entourant la drogue, expliquent pourquoi le cannabis médical n’est autorisé qu’avec parcimonie.

Comment le cannabis médical est-il administré ?

Le cannabis est prescrit sous condition d’indications dans certains pays. Preuve doit être faite notamment que les traitements classiques sont inopérants et que le recours au chanvre est documenté dans la littérature médicale.  Pour éviter la toxicité associée à la fumée de cannabis, les voies orales et sublinguales (sous la langue) sont privilégiées.

Le cannabis médical est vendu sous la forme de deux médicaments : le Marinol® (la molécule active est le dronabinol, équivalent synthétique du THC) et le Césamet® (molécule de nabilone, analogue du dronabinol).
Ce cannabis réservé aux pharmacies est disponible aux Etats-Unis (dans une douzaine d’états), au Canada, en Allemagne, en Italie et en Finlande. Aux Pays-Bas, l’Office pour le cannabis médical recommande encore sa consommation sous forme de tisane (trois préparations différentes) ou en utilisant des vaporisateurs de sorte à inhaler le principe actif du chanvre sous forme de vapeur mais sans le brûler ni produire de substances cancérigènes.
Au Canada, un spray sublingual fait à base d'extraits de cannabis (et contenant du THC et du CBD en proportions équivalentes), le Sativex® est également accessible en pharmacie depuis 2005 en cas de pathologie neurologique grave (le cas de la sclérose en plaques par exemple).
L'Angleterre, l'Australie, la Nouvelle Zélande, la Belgique ou encore la Suisse autorisent aussi la prescription par le médecin et la délivrance par le pharmacien de dérivés du cannabis. Plus d’une vingtaine de ces derniers serait en cours de développement.

Autre article sur le cannabis thérapeutique

Références

  • Zuardi A.W. (2006), History of cannabis as a medicine: a review,  Rev Bras Psiquiatr., 28(2), 153-7.
  • "Cannabis médical. Du chanvre indien au THC de synthèse", Michka et coll. Mamma Editions, 2009.
  • http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20050615.OBS0249/les-recepteurs-au-cannabis-impliques-dans-la-croissance-cerebrale.html [arrow_up]
  • http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20060102.OBS0697/des-cannabinoides-regulateurs-de-la-masse-osseuse.html [arrow_up]
  • Malfait AM et coll. (2000), The nonpsychoactive cannabis constituent cannabidiol is an oral anti-arthritic therapeutic in murine collagen-induced arthritis, PNAS, 97, 9561-6.
  • http://www.metrofrance.com/info/un-cannabis-therapeutique-qui-ne-fait-pas-planer/mlje!JXdNIxb5UC4x2/ [arrow_up]
  • Association Internationale pour le Cannabis Médical, Etudes et observations, août 2008, bibliographie très complète :  http://www.cannabis-med.org/french/studies.htm [arrow_up]
  • Narang S. et coll. (2008), Efficacy of dronabinol as an adjuvant treatment for chronic pain patients on opioid therapy, J. Pain, 9(3), 254-64.
  • Campbell F. et coll. (2001), Are cannabinoids an effective and safe treatment option in the management of pain ? A qualitative systematic review, BMJ, 323, 1-6.
  • Collin C et coll (2007), Randomized controlled trial of cannabis-based medicine in spasticity caused by multiple sclerosis, Eur. J. Neurology, 14(3), 290-296.
  • Rog D. et coll. (2005), Randomized, controlled trial of cannabis-based medicine in central pain in multiple sclerosis, Neurology, 65, 812-819.
  • Svendsen K. et coll. (2004), Does the cannabinol reduce central pain in multiple sclerosis ? Randomised double blind placebo controlled crossover trial, bmj.com.
  • Mortati K et coll. (2007), Marijuana: an effective antiepileptic treatment in partial epilepsy? A case report and review of the literature, Rev Neurol Dis. Spring, 4(2),103-6.
  • Darmani N. (2010), Mechanisms of broad-Spectrum antiemetic efficacy on cannabinoids against chemotherapy-induced acute and delayed vomiting, Pharmaceuticals, 3, 2930-2955.
  • Rog D. et coll. (2005), Randomized, controlled trial of cannabis-based medicine in central pain in multiple sclerosis, Neurology, 65, 812-819
  • De Jong BC et coll. (2005), Marijuana use and its association with adherence to antiretroviral therapy among  HIV-infected persons with moderate to severe nausea, J. Acquir. Immune Defic Syndr, 38(1), 43-6.
  • Kumar R. et coll. (2001), Pharmacological actions and therapeutic uses of cannabis and cannabinoids, Anaesthesia, 56, 1059-1068.
  • Russo EB et coll. (2007), Cannabis, pain, and sleep: lessons from therapeutic clinical trials of Sativex, a cannabis-based medicine, Chem Biodivers., 4(8),1729-43
  • Tomida I et coll. (2006), Effect of sublingual application of cannabinoids on intraocular pressure: a pilot study, J Glaucoma, 15(5), 349-353.
  • Pacher P. et coll. (2006), The endocannabinoid system as an emerging target of pharmacotherapy, Pharmacol Rev, 58, 389-462.
  • Luvone T et coll. (2009), Cannabidiol: a promising drug for neurodegenerative disorders?, CNS Neurosci Ther., 15(1), 65-75.
  • Salazar M et coll (2009), Cannabinoid action induces autophagy-mediated cell death through stimulation of ER stress in human glioma cells, J. Clin. Invest., 119(5), 1359-1372.
  • Steffens S et coll., (2005), Low dose oral cannabinoid therapy reduces progression of atherosclerosis in mice, Nature, 434(7034), 782-6.
  • Baker D. et coll. (2003), The therapeutic potential of cannabis, The Lancet Neurology, 2(5), 291-8.


Auteur: C.Depecker / novembre 2012

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