Cannabis et psychoses

On entend par psychoses un ensemble de maladies mentales relativement sévères et invalidantes telles que la schizophrénie, le trouble schizophréniforme, la schizophrénie paranoïde, etc. Depuis longtemps, on a observé que, parmi les personnes souffrant de psychose, le taux de consommateurs de cannabis est environ deux fois plus élevé que dans la population générale. On a souvent attribué cette consommation à la maladie de base. La question qui a fait l'objet de beaucoup de débats au cours de la dernière décennie concerne un éventuel rôle du cannabis dans le déclenchement de la psychose.

La psychose désigne globalement les troubles psychiques dans lesquels on retrouve des symptômes comme des hallucinations auditives ou visuelles, des idées délirantes, un sentiment de persécution (liste non exhaustive). Ce type de maladie s'accompagne très souvent:
  • d'une altération des performances sociales et professionnelles: difficultés à maintenir un emploi stable, à résister à la pression d'un emploi stressant (par exemple lorsqu'un rendement est demandé)
  • de difficultés dans les relations aux autres.
C'est une étude effectuée sur un très grand nombre de conscrits suédois suivis pendant 15 à 18 ans qui a, pour la première fois, attiré l'attention des scientifiques: le groupe des plus gros fumeurs de cannabis (plus de 50 joints consommés avant dix-huit ans) avait un risque six fois supérieur de développer une psychose par la suite, par rapport aux non fumeurs.

Bien entendu cette étude a été contestée. Un grand nombre de facteurs de confusion possibles ont été considérés par la suite: "sexe, âge, type génétique, antécédents de psychose, niveau d'éducation, personnalité, Q.I., affiliations avec des pairs déviants, troubles de la conduite, fonctionnement social, abus d'autres substances, âge des parents, divorce des parents, changements dans la famille, attachement aux parents, abus de substances par les parents, facteurs socio-économiques, abus sexuels et violences, traumatisme dans l'enfance (...)" (Fergusson et coll. 2006)

D'autres travaux sont néanmoins venus étayer ces conclusions par la suite: Semple (2005), Fergusson (2006) rapportent entre six et sept études de bonne qualité, dont les résultats sont concordants.

Les risques de développer une psychose pour les consommateurs fréquents de cannabis sont en moyenne entre deux et trois fois supérieurs à ceux qu' encourent les non-fumeurs, et jusqu'à dix fois plus importants pour ceux qui sont porteurs de certaines vulnérabilités d'origine génétique.

Cela ne veut absolument pas dire que chaque consommateur de cannabis va développer une maladie mentale: en pratique seul un pourcentage de consommateurs en sera affecté (environ un sur trente). Mais le risque est néanmoins augmenté de façon significative, en particulier pour un sous-groupe particulièrement vulnérable. Or, puisque la consommation de cannabis augmente dans la population d'adolescents, de plus en plus de personnes vulnérables se trouvent exposés à un risque de développer une maladie sévère et invalidante. On peut estimer que sans être exposées à la consommation de cannabis ces personnes pourraient mener une vie normale.

Un rôle aggravant a été identifié pour une première consommation précoce dans l'adolescence:

Les adolescents qui initient leur consommation de cannabis à 15 ans ont trois fois plus de risques de présenter des symptômes de psychose à l'âge de vingt-six ans, par rapport à ceux qui débutent leur consommation à dix-huit ans. Un sur dix contre un sur trente (Arseneault et coll. 2002).

 



Références

Mise à jour le Mardi, 06 Juillet 2010 14:46