Le bang, un mode de consommation du cannabis très dangereux

Le cannabis est de plus en plus consommé sous forme de bang (ou bong ou pipe à eau, le plus souvent artisanale). Ce mode de consommation intense présente des risques spécifiques, notamment respiratoires. Voici ce que l'on sait aujourd'hui car les effets ont été encore peu étudiés.

Une inhalation massive de cannabis

L'utilisation de bang ou pipe à eau artisanale a augmenté ces dernières années en Europe et en Amérique du Nord, que ce soit pour fumer du tabac ou du cannabis. Ce sont surtout des jeunes qui adoptent ce mode de consommation. Une étude de 2002 sur 159 jeunes consommateurs de cannabis a ainsi montré que près de la moitié d'entre eux (34,5% des garçons et 26,4% des filles) utilisaient des moyens de consommation du cannabis autres que les joints, en particulier des pipes à eau ou Bangs. (1) Une enquête française menée sur 309 jeunes confirme cette tendance : 198 ont expérimenté le cannabis, 191 par le mode du joint (61,8%), 105 par le mode du Bang (soit 34%). (2) La pratique du Bang permet une prise extrêmement brutale du cannabis, avec des effets plus rapides et plus prononcés. Elle s'est développée conjointement avec la pratique du Binge drinking (alcoolisation massive): ces deux pratiques ont la même optique, à savoir une défonce rapide. Les bangs (pipes à eau) sont souvent constitués de manière artisanale avec une canette en aluminium ou une bouteille en plastique, même si des modèles en verre ou en bambou sont commercialisés. Ils comportent un tuyau avec une sorte de douille à l’extrémité dans laquelle est brûlé le cannabis, avec ou sans tabac. La fumée est absorbée au travers du récipient qui contient de l'eau puis inhalée d'un coup dans sa totalité.

Les dangers spécifiques du bang

L'utilisation de pipes à eau pour consommer du cannabis présente tout d'abord des risques neurologiques liés à l'aspect "shoot" de la technique d'inhalation. Les bangers sont plus dépendants au cannabis: une étude sur 159 adolescents consommateurs de cannabis a ainsi montré que parmi ces utilisateurs, près de 33% des garçons et des files répondaient aux critères de dépendance au cannabis et que la dépendance était plus fréquente chez les usagers qui utilisaient d'autres moyens de consommation que le joint, le taux de dépendance passant ainsi à 51% pour les utilisateurs de bangs. (3)

En outre, les consommateurs de bangs de cannabis sont exposés à plus de toxiques. Il y a 10 fois plus de particules de monoxyde de carbone dans un joint que dans une cigarette, et dans le cas du Bang la toxicité est encore plus grande, un bang correspondant à 4 ou  5 joints en 1 seule aspiration. Des cas de tuberculose associés à une habitude d'utilisation de Bang pour la consommation de cannabis ont également été rapportés. (4)  Le bang, dans lequel l'air contenu dans le tube est inhalé, serait une voie de transmission plus efficace de la tuberculose que les joints. Enfin, on pense que le bang serait à plus haut risque vasculaire qu'un simple joint, mais les données manquent pour affirmer cette hypothèse. (5)

Bang de cannabis, des risques de complications, notamment respiratoires

Les bangs artisanaux de cannabis sont à l'origine de complications respiratoires, qui peuvent être mortelles. Celles-ci restent peu décrites et certainement sous-estimées, alors que l'on connaît bien les manifestations respiratoires du cannabis consommé par joints. Les consommateurs de bang de cannabis présentent des symptômes respiratoires: expectorations de crachats noirâtres (suies endobronchiques), hémoptysies (rejets de sang par la bouche), le plus souvent en rapport avec des hémorragies intra-alvéolaires. Les hémoptysies ont été mises en rapport avec l'inhalation de cannabis lui-même et de ses additifs mais aussi à ses modes de consommation. L'enquête française menée par questionnaire sur 309 lycéens a ainsi révélé que le taux d'hémoptysies rapporté par rapport au nombre de consommateurs était de 7,4% pour les utilisateurs de cannabis, 7,6% pour les consommateurs de bang, 14,28% pour les consommateurs de narguilé. Les Bangs utilisés étaient des Bangs artisanaux en matière plastique, et 3 élèves ont déclaré avoir eu des hémoptysies pendant ou après l'inhalation de Bangs. (6)

Les complications respiratoires peuvent être mortelles. Une étude française relate ainsi le cas d'un jeune de 19 ans, consommateur de cannabis par bang depuis 5 mois. Admis en réanimation, on lui découvre une hémorragie alvéolaire massive. Son bilan  infectieux et immunologique est négatif. Il sort de l'hôpital mais décède 15 jours plus tard d'un oedème pulmonaire lié à une hémorragie alvéolaire après inhalation d'un nouveau bang de cannabis. L'autopsie a montré une hémorragie alvéolaire toxique, due à la toxicité du récipient artisanal utilisé. (7) Explications à ces complications respiratoires liées à l'utilisation de Bangs: les récipients utilisés ne sont pas adaptés à cette pratique, en particulier les bouteilles en plastique où des anhydrides d'acides, des suies, des particules de plastique sont libérées et inhalées. De même pour le revêtement intérieur des canettes en aluminium: celui-ci en brûlant libère des toxiques. Ces acides ont une toxicité pulmonaire double : toxicité directe avec irritation sévère de la muqueuse pouvant provoquer des hémorragies intra-pulmonaires. Ensuite, les anhydrides d’acides peuvent réaliser le « syndrome anémie et hémorragie intra-alvéolaire » décrit en 1979 par Herbert et Orford en pathologie professionnelle.(8)  Il se manifeste par sa gravité potentielle avec hémoptysie et hémolyse intravasculaire. La consommation régulière de Bangs semble aussi conduire à la survenue d'emphysème et de pneumothorax.

En attendant de nouvelles études sur les effets, notamment respiratoires des bangs de cannabis, on ne peut que conseiller la plus grande prudence face à ce type de consommation du cannabis.


 

Références

(1) H. Chabrol, E. Massot, A. Montovany, K. Chouicha, J. Armitage, Patterns of cannabis use, cannabis-related beliefs and dependence: study of 159 adolescent users. Archives de Pédiatrie, Volume 9, Issue 8, August 2002, Pages 780–788

(2) M. André, M. Durand, N. Paleiron, F. Grassin, Service de pneumologie, Hopital des Armées, Brest, enquête réalisée par questionnaire auprès de 309 jeunes de 15 à 22 ans d’un lycée d’enseignement technique de Bretagne, 2009

(3) H. Chabrol, E. Massot, A. Montovany, K. Chouicha, J. Armitage, Patterns of cannabis use, cannabis-related beliefs and dependence: study of 159 adolescent users. Archives de Pédiatrie, Volume 9, Issue 8, August 2002, Pages 780–788

(4) Thu K, Hayes M, Miles S, Tierney L, Foy A. Marijuana 'bong' smoking and tuberculosis. Intern Med J. 2013 Apr;43(4):456-8. doi: 10.1111/imj.12089.

(5) P.-Y. Le Guen, S. Gestin, E. Plat, P. Quéhé, L. Bressollette, Infarctus rénal et splénique après consommation massive de cannabis et cocaïne chez un homme jeune- Renal and spleen infarction after massive consumption of cannabis and cocaine in a young man, Journal des Maladies Vasculaires, Volume 36, n° 1, pages 41-44 (février 2011)

(6) M. André, M. Durand, N. Paleiron, F. Grassin, Service de pneumologie, Hopital des Armées, Brest, enquête réalisée par questionnaire auprès de 309 jeunes de 15 à 22 ans d’un lycée d’enseignement technique de Bretagne, 2009

(7) F. Grassin M. André B. Rallec, E. Combes, U. Vinsonneau, N. Paleiron, Hémorragie alvéolaire fatale après bang de cannabis-Fatal alveolar haemorrhage following a “bang” of cannabis-Revue des Maladies Respiratoires, Volume 28, numéro 7, pages 919-923 (septembre 2011)

(8) Herbert F.A., Orford R. Pulmonary hemorrhage and oedema due to inhalation of resins containing tri-mellitic anhydride Chest 1979 ;  76 : 546-551

Autres sources :

  • Erika Dugas, Michèle Tremblay, Nancy C. P.,Daniel Cournoyer, Jennifer O'Loughlin, Water-Pipe Smoking Among North American Youths, Pediatrics Vol. 125 No. 6 June 1, 2010pp. 1184 -1189
  • 14ème Congrès de Pneumologie de Langue Française (CPLF), Marseille, 29 janvier-1er février 2010
  • Présentations Société Française de Tabacologie, 2009 :
    - Qui sont les Bangers ? Auteur : DURAND M., Service de pneumologie, Hopital d'instruction des Armées, 29200 Brest Co-auteur(s) : PALEIRON N., GRASSIN F, ANDRE M., Service de pneumologie, Hopital d'instruction des Armées, 29200 Brest
    - Une complication méconnue du bang de cannabis : les « suies » endobronchiques. Auteur : GRASSIN F.,Service de pneumologie, Hopital d'instruction des Armées, 29200 Brest Co-auteur(s) : DURAND M., Service de pneumologie, Hopital d'instruction des Armées, 29200 Brest PALEIRON N., Service de pneumologie, Hopital d'instruction des Armées, 29200 Brest  ANDRE M., Service de pneumologie, Hopital d'instruction des Armées, 29200 Brest
    - Hémoptysies chez les fumeurs de cannabis : sont-elles sous-estimées ? Auteur : ANDRE M., Service de pneumologie, Hopital d'Instruction des Armées, 29200 Brest Co-auteur(s) : N.PALEIRON,Service de pneumologie, Hopital d'Instruction des Armées, 29200 Brest M.DURAND,Service de pneumologie, Hopital d'Instruction des Armées, 29200 Brest F.GRASSIN, Service de pneumologie, Hopital d'Instruction des Armées, 29200 Brest

 

Auteur : Anne-Sophie Glover-Bondeau / septembre 2013

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