Cannabis et adolescence : une drogue douce prise à la légère ?

Période charnière de la vie, l’adolescence est aussi un âge à risque. Le jeune doit faire ses propres choix. Tôt ou tard, presque tout le monde se retrouve face à la consommation de drogues et d’alcool. Les drogues douces, comme le cannabis, en apparence moins dangereuses, peuvent constituer un piège important. Echec scolaire, dépression, psychose, envie de consommer d’autres drogues comme la cocaïne et l’héroïne, mauvaise insertion professionnelle, insuccès dans les relations amoureuses… les conséquences d’une utilisation massive de cannabis sur le développement psychologique et social peuvent être nombreuses et influencer le jeune jusqu’à son âge adulte.

« L’adolescence est le temps où il faut choisir entre vivre et mourir » écrit Hafid Aggoune dans son livre « Quelle nuit sommes-nous ? » (1). En effet, comme le souligne aussi un rapport de l’OMS, cette période est souvent caractérisée par des extrêmes opposés : d’un côté, la richesse et l’euphorie des nouvelles opportunités et de l’autre côté, la multitude de risques, parfois cachés dans des expériences en apparence anodines (2).

C’est une phase où des nouveaux choix conscients, personnels et autonomes sont à l’ordre du jour. De la même façon que le jeune peut apprendre et construire quelque chose de juste pour sa vie, il peut aussi rencontrer des situations dangereuses qui influenceront son futur. Une étude menée dans cinquante trois pays souligne l’existence de trois situations qui peuvent s’avérer particulièrement à risque pour les jeunes: l’initiation aux rapports sexuels, la consumation de drogues et alcool, et la dépression (2).

L’utilisation de substances psychotropes constitue un péril en soi, qui dans le pire de cas peut causer des maladies graves ou même le décès. Cependant, elle peut aussi être liée à des rapports sexuels non protégés, des accidents de la route, des actes de violence, une manque de productivité, des états psychotiques de dépression qui peuvent amener jusqu’au suicide (2).

Les risques de la consommation du cannabis augmentent avec le plus jeune âge

D’ailleurs, un des problèmes sociaux de notre société moderne est la nette augmentation de la consommation de ces substances, le cannabis étant la première dans la liste (3). Considérée par beaucoup une drogue douce, ses effets nocifs sont parfois sous-estimés, méconnus et ignorés par ses jeunes consommateurs. Mais comme le reporte un représentant de la commission de l’ONU dans un rapport de 2001, en parlant des effets du cannabis chez les jeunes de son pays : « la distinction entre drogue douce et dure n’est pas correct, il serait plus juste de parler d’utilisation douce ou dure des drogues » (4).
   
En effet, d’après certaines études épidémiologiques longitudinales, qui ont suivi l’évolution des jeunes consommateurs de cannabis dans le temps, les risques augmentent lorsque l’utilisation de cannabis dévient régulière, c’est-à-dire hebdomadaire voire journalière (5).

Un autre facteur de risque très important est l’âge. Les effets nocifs en relation au cannabis sont de plus en plus prononcés chez les consommateurs d’âge inférieur ou égal à quatorze ans et diminuent chez des fumeurs plus vieux (5).

La dépendance au cannabis : un phénomène sous-estimé chez les jeunes ?

En outre, quand on emploie du cannabis si tôt on augmente le risque de ne plus pouvoir s’en passer. Même si la dépendance au cannabis est souvent un phénomène sous-estimé, il y a un nombre grandissant d’adultes qui demandent de l’aide pour arrêter de fumer dans plusieurs pays développés, y compris en Hollande. Les consommateurs réguliers développement une tolérance à plusieurs effets du THC, le majeur composant psychotique du cannabis. Les jeunes qui essayent d’arrêter peuvent reporter des symptômes dus au manque, problèmes rencontrés chez 80% des garçons et 60% des filles (6).

Avec la chance accrue de développer une dépendance, les jeunes adolescents qui utilisent le cannabis plusieurs fois par semaine, augmentent aussi la probabilité d’utiliser un jour d’autres drogues et de développer des psychoses, deux phénomènes qui peuvent compromettre la santé et l’insertion sociale aussi  à l’âge adulte (3,6).

Le cannabis pourrait être une porte d’entrée pour les autres drogues ?

Pourquoi la consommation de cannabis chez les jeunes ouvre-t-elle la porte à l’utilisation d’autres drogues telle la cocaïne ou l’héroïne ? Il existe des explications d’ordre pratique et logistique : les gens et les endroits où les jeunes se procurent le cannabis peuvent parfois être tout simplement les mêmes qui proposent des drogues plus lourdes. Mais certaines hypothèses suggèrent aussi l’existence d’un mécanisme neurobiologique qui encourage la prise d’autres substances psychotropes, une fois commencé avec le cannabis (6).

Des expériences chez les animaux montrent une relation de causalité entre le cannabis et le désir d’autres drogues. Toutes ces substances agissent sur les mêmes centres cérébraux, ceux qui donnent une sensation agréable de récompense. Il est ainsi probable qu’une fois stimulé par le cannabis, le cerveau en demande encore. L’utilisation d’autres stupéfiants, qui activent les mêmes zones cérébrales, met ainsi en route une boucle périlleuse qui en demande toujours plus (6).

Toutefois cette théorie reste une hypothèse très contreversée! (pour en savoir plus)

Le cannabis pourrait-il augmenter le risque de psychose chez les jeunes ?

Le cerveau à l’adolescence est encore jeune et en pleine transformation. L’utilisation de psychotropes peut donc induire des altérations importantes sur la maturation de cet organe (7). Une des psychoses qui est le plus fréquemment mise en relation avec le cannabis est la schizophrénie. En effet, on trouve un nombre important de personnes atteintes de cette maladie qui en consomme (6).

Une question reste légitime : la schizophrénie est-elle une conséquence de l’utilisation du cannabis, ou plutôt, certaines personnes absorbent du cannabis pour soulager leurs symptômes (6) ?

Les deux cas de figures sont possibles. Cependant, comme certains scientifiques le suggèrent, le cannabis peut exacerber les symptômes d’une schizophrénie latente (6). D’autres études chez des jeunes souris viendraient prouver un lien de causalité entre cannabis et psychoses, ce qui suggère qu’une utilisation importante de la drogue pendant l’adolescence, est bel et bien un facteur de risque dans l’apparition de certaines formes de schizophrénie (7).

En résumé, il existe un lien fort entre les troubles psychotiques et la consommation de cannabis mais ce lien n'est pas encore caractérisé par une direction causale claire (les fumeurs sont-ils plus enclins à développer un trouble psychotique ou les personnes souffrant d'un trouble psychotique consomment-elles davantage que le reste de la population?). (voir à ce sujet)

Impact du cannabis dans l’échec scolaire

A la vue des effets immédiats et chroniques d’une prise de cannabis sur le système nerveux, que ce soit sur le risque de psychoses qu’au niveau des altérations des capacités de mémorisation, d’attention et d’apprentissage, il est plausible de soupçonner que le cannabis consommé par les adolescents soit une des causes d’échec scolaire (8).

Plusieurs études épidémiologiques se sont penchées sur la question. D’après les analyses des résultats il semble, encore une fois, que l’âge et la quantité de cannabis consommé soient en relation avec un manque de réussite scolaire. Le risque d’abandonner précocement les études augmente considérablement chez les adolescents qui fument plusieurs fois par mois depuis l’âge de 14 ans (5,8).

Cependant, il est difficile et restrictif de prouver que le cannabis influence négativement la réussite scolaire seulement par ses effets sur la santé mentale (3,8). Certains auteurs suggèrent plutôt que la consommation de cannabis fasse partie d’un contexte multifactoriel où plusieurs causes peuvent déterminer l’échec dans les études. Il est probable, par exemple, que les jeunes consommateurs de cannabis se retrouvent à fréquenter d’autres jeunes qui ont des idées et des comportements anti-conventionnels et qui encouragement l’absentéisme à l’école (8).

De plus, dans certains cas, la consommation de cannabis n’est pas une cause mais c’est plutôt une conséquence de l’insuccès scolaire. Si d’un côté, ces deux phénomènes peuvent s’influencer à tour de rôle, de l’autre côté, ils peuvent être eux aussi des conséquences d’autres problèmes d’ordre comportemental ou familial (8).

Impact sur la vie sociale

Nombreuses de ces études ont montré, de plus, que la consommation de cannabis chez les jeunes est corrélée à une entrée douloureuse et difficile dans l’âge adulte. Ces adolescents vivent parfois des expériences sexuelles précoces et douloureuses qui amènent à des mariages immatures et voués à l’échec ou à des grossesses inattendues. En négligeant les dangers pour le fœtus, il est rare que les jeunes filles qui décident de porter à terme leur grossesse arrêtent de fumer (6).

D’autres adolescents ont du mal à trouver un emploi, et d’autres encore doivent affronter des relations de plus en plus compliquées avec les parents, ce qui les pousse parfois même à fuguer de la maison (8).

Il a été question dans plusieurs enquêtes d’estimer l’impact du cannabis dans l’augmentation de la criminalité. En effet, il est fréquent que les jeunes qui se retrouvent impliqués dans des bagarres ou des accidents soient des consommateurs réguliers de cannabis (4).

Plusieurs de ces résultats, une fois tenu compte de tous les facteurs sociaux, ainsi que de la consommation d’autres drogues ou d’alcool, montrent que le cannabis a peu d’effet sur l’augmentation de la délinquance (3,8). Au contraire, certaines enquêtes suggèrent que les jeunes avec une plus grande chance d’utiliser du cannabis, sont les mêmes qui risquent de consommer d’autres drogues, devenir délinquant, avoir des problèmes mentaux, et avoir des échecs scolaires avant même de commencer à consommer cette drogue (3,8).

Ainsi, parfois cause, parfois conséquence, parfois simplement cofacteur, la consommation de cannabis est associée à plusieurs problèmes dans le développement psychosocial des adolescents. Toutefois, sa dangerosité est un paramètre variable et difficilement quantifiable qui dépend, en grande partie, du contexte social ainsi que de l’histoire personnelle de chaque jeune utilisateur (3,5,8).

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Références

1. « Quelle nuit sommes-nous ?» Hafid Aggoune. Editeur Farrago. 2005

2. Broadening the horizon. Balancing protection and risk for adolescents. World Health Organization. 2002. Editorial support: Peter McIntyre. Designed by: Máire Ní Mhearáin

3. Psychological and social sequelae of cannabis and other illicit drug use by young people: a systematic review of longitudinal, general population studies. Macleod J, Oakes R, Copello A, Crome I, Egger M, Hickman M, Oppenkowski T, Stokes-Lampard H, Davey Smith G. Lancet. 2004. 363:1579-88.

4. Commission on Narcotic Drugs Report on the forty-fourth session (20-29 March 2001 and 12 and 13 December 2001). Economic and Social Council Official Records, 2001. Supplement No. 8

5. Cannabis use and psychosocial adjustment in adolescence and young adulthood. Fergusson DM, Horwood LJ, Swain-Campbell N. Addiction. 2002 Sep;97(9):1123-35.

6. The mental health risks of adolescent cannabis use. Hall W. PLoS Med. 2006. 3:e39. Epub 2006 Jan 24.

7. Susceptibility of the adolescent brain to cannabinoids: long-term hippocampal effects and relevance to schizophrenia. Gleason KA, Birnbaum SG, Shukla A, Ghose S. Transl Psychiatry. 2012. 2:e199.

8. The health and psychological effects of cannabis use. Monograph Series No. 44. Wayne Hall, Louisa Degenhardt, Michael Lynskey. National Drug and Alcohol Research Centre University of New South Wales

 

Auteur : Lia Rossa / décembre 2012

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