Cannabis frelaté: danger pour la santé !

L'ajout de substances (sable, microbilles de verre, plomb...) dans l'herbe de cannabis pour augmenter son poids est une pratique récente qui a des conséquences sur la santé. Le cannabis frelaté est ainsi responsable d'atteintes respiratoires ou d'intoxications.

Cannabis frelaté: pourquoi et comment ?

L'herbe de cannabis ou la résine de cannabis peuvent être coupées avec différentes substances, inactives ou toxiques: colle, cire, terre, henné, laque, sable, talc (silicate de magnésium), hydrocarbures aromatiques, autres herbes, pollen, microbilles de verre, seules ou mélangées à du sable, microbilles de silice...On a même des exemples de cannabis frelaté au plomb. Les agents de coupe les plus fréquemment utilisés sont les microbilles de verre, associées ou non à du sable.  Un échantillon de haschisch d'origine française analysé courant 2006 a ainsi révélé contenir des microbilles de verre. D'autres échantillons contenaient du sable ou de la laine de verre. (1) La raison de ces ajouts est simple: augmenter le poids et le volume du produit vendu! Et donc son prix! Ainsi, le plomb par exemple est utilisé pour cet usage en raison de sa forte densité et de sa couleur grisâtre. Dans des échantillons analysés en 2012 en Allemagne, le plomb représentait environ 10% du poids, ce qui représente une hausse de bénéfice de 1000 euros par kilo de marijuana. (2)

Le cannabis peut aussi être adultéré avec des substances pour améliorer son aspect s'il est de mauvaise qualité. Sont alors utilisés des gommes végétales diverses, cirage noir, henné, paraffine, huile de pneu, huile de vidange... Il semble aussi que les microbilles servent à donner l'illusion à l'acheteur que le cannabis est riche en glandes de résine, qui en font sa qualité. (3)

Enfin, le cannabis peut être associé à des corps gras (lait, crème, beurre) afin de favoriser la résorption des cannabinoïdes dans le sang au travers des muqueuses digestives. Cette technique est surtout utilisée dans la formulation de produits destinés à être ingérés. Cette présence de substances diverses et variées dans le cannabis n'est pas sans danger.

Risque d'intoxication

La présence de substances telles que le plomb dans le cannabis peut être à l'origine d'intoxication. Une étude de Busse et al, publiée en 2008, rapporte le cas de 29 patients de 16 à 33 ans qui ont été hospitalisés en Allemagne (Leipzig) au cours de l'été et l'automne 2007avec des symptômes d'intoxication au plomb (crampes abdominales, nausées, anémie, fatigue, symptômes neurologiques...). (4) Il s'est révélé que tous étaient des consommateurs réguliers de cannabis consommé sous forme de joints ou avec une pipe à eau. Il s’est avéré qu’un de leurs paquets de marijuana recueillis contenaient des particules de plomb, délibérément ajoutées au produit.  Or, on sait que les particules de plomb fumées dans un joint sont très bien absorbées par les voies respiratoires. La communauté médicale devrait donc considérer la marijuana frelatée comme une source potentielle d'intoxication au plomb.

Risques pulmonaires

L'adultération de l'herbe de cannabis par certains produits, notamment des microbilles de verre ou de silice, peut avoir des conséquences ORL ou respiratoires. Une revue française a rapporté deux cas d'atteinte respiratoire en rapport avec l'inhalation d'herbe de cannabis frelatée: chez un jeune consommateur quotidien de cannabis qui était mélangé à du sable on a constaté une pneumopathie d'inhalation ; chez un autre patient, qui consommait de l'herbe de cannabis mêlée à des microbilles de verre, des signes fonctionnels et respiratoires (épistaxis, ulcérations des muqueuses oro-pharyngées, douleurs thoraciques avec gêne respiratoire). (5) Plus récemment, une autre étude française a révélé un cas d'hémoptysies (crachats de sang) chez un patient de 16 ans, qui avait inhalé du cannabis associé à des microbilles de silice. (6) Les auteurs signalent que les particules de silice peuvent entraîner des manifestations oto-rhino-laryngologiques ou bronchiques (hémoptysies, toux, crachats, sifflements) et mettent en garde contre un risque de silicose, même si cela requiert une exposition longue et importante. En 2012, une étude a également rapporté un cas de talcose (inflammation rare des poumons due à l'inhalation de poussière de talc) causé par l'inhalation de marijuana frelaté au talc. (7) D'autres produits d'adultération du cannabis pourraient avoir des conséquences respiratoires: en 2006, une saisie isolée de résine en Italie a ainsi dentifié la présence de colophane, une résine naturelle extraite de certaines variétés de pin, irritante pour les voies respiratoires. (8)

Les maladies pulmonaires causées par des substances frelatées pourraient être plus fréquentes dans la réalité que ce que révèle la littérature, surtout quand la consommation de drogues n'est pas admise par le patient. Devant des signes aigus ou subaigus ORL et/ ou respiratoires atypiques, les médecins devraient interroger les patients sur l'usage de cannabis afin de détecter une éventuelle implication de cannabis frelaté.



Références

(1)Denis Richard, Le cannabis et sa consommation, Editions Armand Colin, 2009

(2) Busse F, Omidi L, Timper K, Leichtle A, Windgassen M, Kluge E, Stumvoll M. Lead poisoning due to adulterated marijuana. N Engl J Med. 2008 Apr 10;358(15):1641-2. doi: 10.1056/NEJMc0707784.

(3) McLaren J, Swift W, Dillon P, Allsop S (2008) Cannabis potency and contamination: a review of the literature. Addiction 103: 1100–1109.

(4) Busse F, Omidi L, Timper K, Leichtle A, Windgassen M, Kluge E, Stumvoll M. Lead poisoning due to adulterated marijuana. N Engl J Med. 2008 Apr 10;358(15):1641-2. doi: 10.1056/NEJMc0707784.

(5) Delourme J, Delattre C, Godard P, Steenhouwer F, Just N. Respiratory consequences of inhalation of adulterated cannabis, Rev Mal Respir. 2009 May;26(5):552-6.

(6) Monfort M, Larakeb A, Gouraud F, Hemoptysis in a young man smoking cannabis, Arch Pediatr. 2013 Jun;20(6):637-9. doi: 10.1016/j.arcped.2013.03.008. Epub 2013 Apr 22.

(7) Scheel AH, Krause D, Haars H, Schmitz I, Junker K. Talcum induced pneumoconiosis following inhalation of adulterated marijuana, a case report. Diagn Pathol. 2012 Mar 15;7:26. doi: 10.1186/1746-1596-7-26.

(8) Caligiani A., Palla G., Bernardelli B.,  GC-MS analysis of hashish samples: a case of adul- teration with colophony , Journal of Forensic Sciences, vol.51, n°5, 2006, p.1096-1100.

Autres sources :

  • Evrard I. Composition du Cannabis : taux de THC et produits d’adultération. In : OFDT, Cannabis, données essentielles 2007
  • Cadet-Taïrou A, Gandilhon M, Toufik A, Evrard I. Phénomènes émergents liés aux drogues en 2006. Huitième rapport national du dispositif TREND

 

Auteur : Anne-Sophie Glover-Bondeau / octobre 2013

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